Matt Wisniewski and The Stuff of Dreams

I'm not really happy unless I'm doing something active so that's given me a lot of time to experiment. I've been making things on the web and using Photoshop since my late childhood/early teens and creating art, well since before I can remember. My collage is a result of this experimentation.
I choose a portrait to work with first. Then I try various quick combinations of textures until something catches my eye. Occasionally I have an idea of what I'm looking at doing but usually I'm just trying to make something new.
Ideas have to come from somewhere. Are my experiences in a dream actually happening? No, certainly not. I can't recall the last time I had a dream or nightmare. I'm not easily terrified.
My relationship with the physical world isn't terribly unusual as I'm capable of detaching myself occasionally. I don't have a relationship with any spirits.
Other people inspire me. I'm inspired by what we're capable of and can't wait to see what we will do next, I just enjoy the beauty of nature.
I like to try a lot of ideas in a short period of time and later spend more time polishing the good projects.  If I had five minutes to live I would open Photoshop and make something. I think that I might as well use that time to do something that doesn't die with me. I have no thoughts on death beyond rational considerations (don't jump off buildings, eat poisonous foods, that sort of thing) necessary for preserving my life.

Maat Wisniewski et le Monde de l’Imaginaire

Je ne suis satisfait que lorsque je reste actif ce qui me donne l’opportunité d’expérimenter de nouvelles choses. J’ai produit des choses sur les net en utilisant Photoshop depuis mon enfance et mon adolescence,  la création artistique fait partie de ma vie. Le collage est le résultat de cette expérimentation.
Tout d’abord je choisis un portrait avec lequel je vais travailler. Puis j’essaye différentes variations de textures jusqu’à ce que le résultat me plaise. Parfois j’ai d’abord l’idée de ce que je veux, mais le plus souvent j’essaye de trouver des choses nouvelles.
Les idées viennent de quelque part. Si mes expériences viennent se trouvent dans mon rêve ? Non, sûrement pas. Je ne me souviens pas de mes rêves ou de mes cauchemars. Je ne suis pas facilement effrayé.
Ma relation au monde physique n’est pas vraiment originale et occasionnellement, je suis capable de me détacher des choses. Je n’ai aucune relation avec les esprits.
Les gens m’inspirent. Ce dont nous sommes capable est à l’origine de mes créations et je suis impatient de voir ce que nous allons faire dans le futur, j’aime la beauté de la nature.
J’aime aussi essayer de nombreuses nouvelles idées dans un laps de temps assez court pour ensuite peaufiner les meilleurs projets. S’il me restait cinq minutes à vivre, j’utiliserai Photoshop pour créer quelque chose. Je pense que je pourrais tout aussi bien utiliser ce laps de temps pour faire quelque chose qui ne meurt pas avec moi. Je n’ai aucune idée de la mort au-delà des considérations rationnelles (ne pas sauter d’un bâtiment, ni manger de la nourriture empoisonnée, des trucs comme ça en fait) nécessaire pour continuer à vivre. 


The Body of the Ottoman Sultan

The sultan’s person is the keystone of the Ottoman Empire. Its very existence secures the world’s order. It is not surprising, then, that the Ottoman society never accepted the possibility of a break in the dynastic continuity, attaching a great importance to the physical presence of the monarch’s person. That’s why the living body of the sultan, if not exactly sacred, was nevertheless of a more than human nature, which superior value was more than
symbolic and went beyond his own individual person. Consequently, when the sultan was dead or dethroned, he was nobody anymore and no special reverence was due to his physical person. On the contrary, while by dying he became in theory a Muslim as any other one, he had actually less rights than anybody else, precisely because he was an ancient monarch. His corpse could suffer degrading treatments dictated by political considerations: first of all, the rejection of any break in the dynastic continuity compelled more than once to keep secret the sultan’s death and to delay his burial for several weeks.
One may nevertheless discern some elements of sacralization of the sultan’s dead body, and even some marks of a cult that could have developed. But such a cult probably was too much pagan to take root in the Ottoman State, which in the course of centuries tended to strengthen the orthodoxy of its practices and to give a growing importance to the dynasty, to the detriment of the person of individual sultans. However, the numerous destinies of their body show that, in spite of the theory, Sultans were not quite similar to other Muslims.

Le corps du sultan ottoman – Nicolas Vatin
La personne du sultan est la clef de voûte de l’État ottoman. C’est son existence qui assure le bon ordre du monde. Il n’est donc pas étonnant que la société ottomane n’ait jamais admis la possibilité d’une solution de continuité dynastique et ait, de ce fait, accordé une importance considérable à la présence physique de la personne du souverain. Ainsi le corps vivant du sultan, s’il n’était pas à proprement parler sacré, était cependant d’une nature surhumaine, d’une valeur supérieure qui était plus que symbolique et dépassait sa personne individuelle.
En conséquence, mort ou déposé, le sultan n’était plus rien et aucun respect particulier n’était dû à sa personne physique. Bien au contraire, alors que, en cas de décès, il devenait en théorie un musulman comme un autre, sa qualité d’ancien souverain faisait qu’il avait moins de droits qu’un autre. Son corps pouvait subir des traitements plus ou moins dégradants dictés par des considérations politiques, à commencer par le refus de toute solution de continuité dynastique qui obligea plus d’une fois à maintenir le décès secret et à retarder de plusieurs semaines l’inhumation du défunt.
On peut cependant discerner des éléments de sacralisation du corps mort du sultan, voire même les traces d’un culte qui aurait pu se développer. Mais celui-ci était sans doute trop païen pour s’imposer dans un État qui tendit au cours des siècles à renforcer l’orthodoxie de ses pratiques et à accorder une place croissante à la dynastie au détriment de la personne des sultans individuels. Pourtant les sorts variés que connurent leurs corps montrent que, malgré la théorie, les Sultans n’étaient pas tout à fait des musulmans comme les autres.


The transformations undergone by an original myth -

The representation of Chinggis Khan, the great conqueror and founder of a dynasty is closely related to that of the mythical hero. His life is marked by many signs, characteristic of an uncommon destiny. In particular, his birth is presented as a miraculous event though its story has been changed in the course of time as his descendants and later his epigones drifted away from Shamanist Mongol origins. The story of Chinggis Khan's birth is first related to the Mongol myth of origins according to which the Mongols descend from « Blue-Wolf and " Fawn-Doe ", this story itself being evidently inspired by the Turkish myth. The Secret History of the Mongols, written some time after Chinggis Khan's death, suggests that his ancestor, the widow Alan-Qo'a, had been fertilised by a creature who « crept like a yellow dog ». Such a part played by an animal is in accordance with the fact that shamanism is based on a system of interrelations between the animal and human worlds. Some decades later, Rashid al-din'sJâmi' al-tawârikhtakes the same legend up again, but mentions only a « fawn creature ». Later, animal connections completely disappear in a Muslim context totally detached from shamanist references. In the first half of the 15th century, the inscriptions copied in the mausoleum of Tamerlane mention a luminous ray manifested under the shape of an « accomplished mortal being », descendant of 'All. Lastly, in Moghul India, Chinggis Khan is explicitly related to Jesus when the author of the Akbar-nämawrites that his ancestor got pregnant in the same way as Maryam did. The legend on the origin of Mongol people has been under numerous processings. These are the perfect example of the way in which myths can be transmiitted : by definition, their stories are fluid and likely to adapt to different contexts. The flexibility of this myth is exemplified in the different specific interpretations historiographers gave to it. The anthroponym animals from the first part of the myth have been humanized as soon as Mongol people got in contact with Islam. Much later, during the 17th century, the official religion in Mongolia became Lamaist Budhism, Mongol stories related Gengis Khan to fictitious Tibetan rulers.

Les transformations d'un mythe d'origine – Denise Aigle

La figure de Gengis Khan, grand conquérant et fondateur de dynastie, correspond étroitement à la figure du héros. Sa vie est jalonnée des signes d'un destin extraordinaire, en particulier sa naissance présentée comme miraculeuse, dont le récit a été transformé à mesure que ses descendants puis ses épigones s'éloignaient des origines mongoles chamaniques du grand ancêtre. Le récit de la naissance de Gengis Khan se rattache d'abord au mythe d'origine des Mongols qui descendraient de « Loup-bleu » et de « Biche-Fauve », récit lui-même visiblement inspiré du mythe des Turcs. Selon L'Histoire secrète des Mongols, de peu postérieure à la mort de Gengis Khan, l'ancêtre de celui-ci, Alan-Qo'a, veuve, aurait été fécondée par un être « qui sortait en rampant tel un chien jaune ». Ce rôle joué par un animal est conforme au chamanisme, qui repose sur un système d'échange entre le monde animal et celui des humains. Quelques décennies plus tard, le Jàmi' al-tawârikh de Rashïd al-dïn reprend la même légende, mais ne parle que d'un « être de couleur fauve ». Par la suite, les références animales disparaissent totalement dans un contexte musulman complètement détaché des repères chamaniques. Dans la première moitié du XVe siècle, les inscriptions relevées dans le mausolée de Tamerlan, mentionnent un rayon lumineux qui se manifeste sous la forme d'un « mortel accompli " descendant de 'Ali. Dans l'Inde moghole, enfin, Gengis Khan se trouve rapproché de Jésus puisque l'auteur de l'Akbar-nâma écrit que son ancêtre est devenue enceinte de la même manière que Maryam. La légende d'origine des Mongols a subi de multiples transformations. Elles sont un exemple de la façon dont se transmettent les mythes : leur matière, par définition, est mouvante et susceptible de s'adapter à divers contextes. La souplesse de ce mythe est illustrée par les diverses interprétations qu'en ont donné les historiographes. Les animaux anthroponymes de la première partie du mythe ont été humanisés dès que les Mongols sont entrés en contact avec l'islam. Bien plus tard, au XVIIesiècle, lorsque la religion officielle de la Mongolie devint le bouddhisme lamaïque, les chroniques mongoles rattachèrent Gengis Khan à des souverains tibétains fictifs.


A Letter From Your Dance Teacher. Keesha Beckford. Dear Dance Student circa 2013:

First, I know you love dance. You want to be great. You want to work. You want people to see all that you have to offer. You come from a generation that has been empowered like none before in humanity. You have been taught to question authority from an early age. Furthermore, in the age of the Internet everything is accessible instantly and effortlessly. You want to look up a word or person? Google it. You hear a song you like? You don't even have to remember the words. You don't even have to push a button anymore; you merely touch a screen.
When you are asked to work at something because that is simply what one does, many of you ask "Why should I?”’ Success is a process. Success is also a product of criticism from others and oneself.
Your teacher's job is not to make you like her or to be lifelong or even Facebook friends. Personally, I like it when I become friends with students. But this happens because before anything else the student trusted me -- my skills and knowledge as a dancer and teacher. If you don't trust your teacher you might find her corrections disrespectful. The teachers who gave me the harshest, most brutally honest corrections are the ones I learned the most from. So please, take class mindfully. Work hard. Bring passion into the studio. Be curious about how to get better. Ask questions. And remember, if someone cares enough to work with you day in and day out, if she or he cares enough to get frustrated with you, she's not being disrespectful, she's teaching.

Sincerely, Keesha
Lettre de votre professeur de danse. Keesha Beckford. Chers élèves de l’année 2013
Tout d’abord je sais que vous adorez danser. Que vous voulez être génial. Que vous voulez travailler. Que vous voulez montrer aux autres tout ce que vous avez à offrir. Vous êtes d’une génération dotée de pouvoirs d’action  comme jamais auparavant. Très jeunes vous avez déjà appris à contester l’autorité. Par ailleurs, grâce à Internet tout est accessible instantanément et sans effort. Vous voulez trouver une personne, un mot, googlez le. Vous écoutez une chanson que vous aimez, vous n’avez même pas besoin de vous souvenir des paroles, il y a un moteur de recherche qui le fait pour vous. Vous n’avez même pas besoin d’appuyer sur un bouton, il vous suffit d’effleurer un écran.
Quand on vous demande simplement de travailler comme tout le monde, beaucoup d’entre vous répondent : ‘Et pourquoi ?’
Le succès est un travail. Le succès est aussi le résultat d’auto-critique et de la compréhension des critiques des autres.
Le travail de votre professeur n’est pas de vous faire l’aimer ni de devenir un ami facebook pour la vie. Personnellement, j’aime devenir amie avec un étudiant. Mais ça n’arrive avant tout que lorsqu’un étudiant a eu confiance en moi, en mes compétences et ma connaissance en tant que professeure et danseuse. Si vous n’avez pas confiance en votre professeur, vous risquez de trouver ses remarques irrespectueuses. Les professeurs qui ont été le plus dur, avec des remarques cinglantes mais honnêtes sont ceux dont j’ai le plus appris. Alors venez en cours avec votre conscience. Travailler durement. Apporter de la passion dans le studio. Soyez curieux d’apprendre comment vous améliorer. Poser des questions. Et souvenez-vous qu lorsque quelqu’un travaille avec vous le jour et le soir, lorsque cette personne partage vos frustrations, elle n’est pas irrespectueuse, elle enseigne.


One of these women was once the victim of injustice. Now she's using what she learned to spare other women the same fate. It's part of an inspiring humanitarian effort in Central Asia. The lands here are the only source of income for women. Their husbands are away working in Russia and women need to be able to start their own farms to better support their families. Here the government owes the lands and determines who gets to use it. This lady is not a lawyer but she knows the law. She won a judicial struggle against a business man who stole her lands.
The project helps the farmers to know more about the law and to be less afraid of going to court to protect their economic interests according to the law.
The lady says : “I can’t sit at home and watch women being disrespected because they don’t know their legal rights, because they are afraid to fight, I want to support them. I want to show my two daughters through this experience that they have nothing to fear, that they can achieve their goal if they don’t give up.”
Une de ces femmes a été auparavant victime d’injustice. Maintenant elle utilise ce qu’elle a appris afin que les autres femmes ne subissent pas le même sort. Son exemple fait partie d’un effort humanitaire motivant en Asie Centrale. Ici les terres sont les seules ressources économiques pour les femmes. Leurs maris travaillent en Russie et elles ont besoin de lancer leur propre ferme afin d’aider leurs familles. Cette femme n’est pas avocat mais connaît la loi. Elle a gagné une bataille juridique contre un homme d’affaires qui lui avait volé ses terres.
Le projet aide les fermiers à mieux connaître la loi et à avoir moins peur d’aller au tribunal défendre leurs intérêts économiques dans un cadre juridique.
Cette femme dit : « Je ne peux pas rester assise à la maison en sachant que les droits d’autres femmes sont bafoués parce qu’elles ne connaissent pas leurs droits et qu’elles ont peur de lutter, je veux les aider. Grâce à cette expérience je veux montrer à mes deux filles qu’elles n’ont pas besoin d’avoir peur, qu’elles peuvent atteindre leurs objectifs si elles n’abandonnent pas. »

The Sons of Two Fatherlands: Turkey and the North Caucasian Diaspora, 1914-1923 - Ryan Gingeras

Turkey is a country of immense cultural, religious and ethnic diversity. Moreover, there was indeed a time, before the Kemalist ascendency, when it was possible for inhabitants of Anatolia to articulate and publicize differing notions of identity. Both of the above statements blithely refer to the last decades of the Ottoman Empire, an era of unprecedented interest and activism in the realm of identity politics.
Among those groups is to be found the populations from the North Caucasian diaspora of Anatolia. North Caucasians, or Circassians as they are more commonly known, comprise a rich smattering of tribal and linguistic groups drawn from highlands and coastal slopes of the Caucasus Mountain range.
With the outbreak of war in 1914 and the looming threat of imperial collapse, the bulk of Circassian officers, officials and intellectuals in Anatolia channeled their collective interests and energies into upholding the Ottoman state. Caucasian slaves, and increasingly their descendants, continued to populate the households of the most powerful families of the Ottoman Empire during the nineteenth century. Circassian demands for self-determination and national sovereignty were instead directed towards Ottoman Anatolia and the emerging Kemalist order. Istanbul had cultivated a strong interest in the politic future of the North Caucasus long before the outbreak of the First World War. Young Turk policy in the Caucasus was determined less by ideological or nationalist prerogatives as it was an expression of an ongoing geo-strategic struggle between the Ottoman Empire, imperial Russia and Iran. On 4June 1918, the Ottoman government, in a “treaty of friendship”, formally recognized the existence of this nascent state.
Despite a long legacy of activism, Nationalist Circassian officers, officials and notables understood (or were made to understand) that their primary loyalty resided in Anatolia. In other words, the struggle over the survival of the adopted fatherland ultimately overshadowed affairs in their ancestral lands. Attachment to their native lands or support for the independence movements in the North Caucasus have historically been channelled through elitist support of the Ottoman or Turkish state. North Caucasian and Turkish aspirations, in other words, are not separate or exclusive; as “close relatives,” Circassian political interests compliment the machinations and the continuation of the Turkish state.

Les enfants des deux patries : la Turquie et la diaspora au Caucase du Nord- Ryan Gingeras
La Turquie est un pays d’immenses diversités culturelles, religieuses et ethniques. Par ailleurs, à une certaine époque, avant la prédominance kémaliste, les habitants d’Anatolie pouvaient divulguer publiquement les différentes notions d’identité. Ces deux affirmations s’établissent dans les dernières décennies de l’empire Ottoman, une époque témoin d’un engouement et d’un activisme sans précédent concernant les problèmes liés à l’identité nationale. Parmi ces groupes, on trouve les populations issues de la diaspora des Caucasiens du Nord en Anatolie. 
Les Caucasiens du Nord ou Circassiens forment un ensemble de groupes tribaux et linguistiques originaires des montagnes et des versants côtiers du massif montagneux du Caucase. Suite à la déclaration de la guerre en 1914 et par conséquent la menace latente de l’effondrement impérial, la plupart des généraux circassiens, des haut-fonctionnaires et des intellectuels d’Anatolie au gré de leurs intérêts focalisaient leur énergie au maintien de l’état Ottoman.  Les esclaves caucasiens, et plus encore leurs descendants demeurent au service des foyers des familles les plus puissantes de l’empire Ottoman au cours du 19ème siècle. Aussi les demandes circassiennes d’autonomie et de souveraineté nationale se focalisent vers l’Anatolie ottomane et le nouvel Ordre Kémaliste. Istanbul était vivement intéressé par le futur politique du Caucase du Nord bien avant la déclaration de la 1ère guerre mondiale. La politique du mouvement kémaliste ‘Jeune Turc’ dans le Caucase n’était pas tant inspirée par des revendications idéologiques ou nationalistes mais bien plutôt l’expression d’une lutte incessante entre l’empire ottoman, l’empire russe et l’Iran. Le 4 juin 1918, l’empire ottoman reconnaît officiellement dans le ‘traité d’amitié’ l’existence d’un état (circassien) naissant.
Cependant l’héritage de cet activisme a enseigné (de gré ou de force) aux notables circassiens que leur intérêt résidait dans leur loyauté à l’Anatolie. Autrement dit, la lutte pour la survie de la patrie adoptive occultait les affaires de leurs terres ancestrales. L’attachement à leur terre natale ou l’aide aux mouvements indépendantistes du Caucase du Nord a été historiquement maintenu grâce au soutien des élites ottomanes ou celles de l’état Turc. Le Caucase du Nord et les ambitions turques ne sont pas distinctes et ne s’excluent pas ; la qualité de ‘proches parents’ permet aux circassiens d’accueillir les machinations et la présence continue de l’état turc. 


Daftpunk 1995

Daft Punk : Dorian Lynskey gets beyond the helmets to talk to the notoriously shy French duo. The observer, Sunday 19 May 2013.

Five years in the making, Random Access Memories is a fabulously, heroically, sometimes ridiculously ambitious enterprise. First there's the cast of guests, which includes disco pioneers (Giorgio Moroder, Nile Rodgers), indie-rock stars (the Strokes's Julian Casablancas, Animal Collective's Panda Bear), house producers (Todd Edwards, DJ Falcon) R&B royalty (Pharrell Williams) and a singer-songwriter who wrote songs for Bugsy Malone and the Muppets (Paul Williams). There's the sheer sonic opulence, attained by snubbing computers in favour of veteran session musicians, legendary studios and a 70-piece orchestra.  "The music that's being done today has lost its magic and its poetry because it's rooted in everyday life and is highly technological," Thomas says with a sorrowful expression. "Then you have this classic repertoire of great music that feels like it's coming from this other, timeless place. We wanted to say that these classic albums that were ambitious in scope don't just belong to the past."

According to Thomas, Random Access Memories is like a movie, a painting, a fashion collection or "going on a journey in a small boat but you don't know if you're going to reach the other shore". Guy-Man, meanwhile, says precisely nothing for the first half-hour, preferring to sip his espresso, text, stare at the ceiling and generally pretend that I'm not there, his face naturally arranging itself into a weary scowl.  Eventually, in desperation, I ask Guy-Man if he agrees with Thomas last answer. "Yes," he says witheringly. "If I disagree I will tell you." I ask him why he's stayed silent. "Silence is better," he shrugs, and Thomas laughs.

Thomas blames the machines. For a man who has spent 12 years pretending to be a robot, he takes a remarkably dim view of digital music. "Computers aren't really music instruments. And the only way to listen to it is on a computer as well. Human creativity is the ultimate interface. It's much more powerful than the mouse or the touch screen." As an antidote to those wretched machines, they recorded Random Access Memories entirely live, with dozens of musicians, in studios in Paris, New York and Los Angeles. 

Guy-Man : "We don't actively try to feed people and annoy them with what we're doing," he says, leaning back. "We are not craving to be known. If we don't have this or that we are fine. You have to be self-content. The art is the first and only priority." 


Full article here/Article intégral ici : http://www.guardian.co.uk/music/2013/may/19/daft-punk-release-a-new-album 

Daft punk : Dorian Lynskey retire les casques du si timide duo français le temps d’une interview. The Observer dimanche 19 mai 2013.

Cinq années pour la création de Random Access Memories , un projet ambitieux, fabuleux, héroïque et parfois au bord du ridicule. Tout d’abord les nombreux artistes invités (Giorgio Moroder, Nile Rodgers), indie-rock stars (the Strokes's Julian Casablancas, Animal Collective's Panda Bear), house producers (Todd Edwards, DJ Falcon) R&B royalty (Pharrell Williams) et un chanteur compositeur qui écrit des chansons pour Bugsy Malone et les Muppets (Paul Williams). Une folie des grandeurs sonore grâce aux sons des ordinateurs au cours d’une session de musiciens vétérans dans des studios légendaires avec un orchestre de 70 personnes. « De nos jours la musique a perdu sa magie et sa poésie car elle s’enracine dans la vie quotidienne et reste trop technologique » dit Thomas un brin dépité. « A côté de ça il y a les grands albums classiques ambitieux qui paraissent venir d’une époque impalpable. Nous voulons que ces albums classiques ne demeurent pas dans le passé ».

Toujours selon Thomas, Random Access Memories  est comme un film, une peinture, un défilé de mode ou « voyager dans un bateau étroit sans savoir si vous allez atteindre la rive opposée. » Guy-Man (le compère de Thomas des Daftpunk) pendant ce temps ne dit strictement rien pendant la première demi-heure tout en buvant son café et en envoyant de textos. Il fixe le plafond en faisant comme si il n’était pas là exprimant une certaine lassitude. Un peu désespérément je lui demande s’il a le même point de vue que les dernières remarques de Thomas ; il me répond ‘oui’ d’un air désabusé, ‘si je ne suis pas d’accord je le dirai’. Je lui demande pourquoi il est silencieux et il me répond ‘le silence c’est mieux’ suivi d’un éclat de rire de Thomas.

Thomas accuse les machines. Pour un homme qui a prétendu pendant 12 ans être un robot, il a une sombre perspective de la musique digitale. « Les ordinateurs ne sont pas réellement des instruments de musique. Cependant un des seuls moyens de l’écouter est aussi avec l’ordinateur, alors. La créativité, c’est l’ultime échange. C’est beaucoup plus puissant que le parcours de la souris sur l’écran. » L’enregistrement live de Random Access Memories  est comme l’antidote à ces ignobles machines, avec des dizaines de musiciens, dans des studios à Paris, New York, Los Angeles.

Guy-Man : « Nous ne tentons pas de nourrir ou d’ennuyer les gens avec notre musique, nous ne cherchons pas la popularité. S’il nous manque ceci ou cela, tout va bien quand même. On doit se suffire à soi-même. L’art passe en premier et reste le but ultime. »


This shakespeare’s scene where Richard deposes his crown with an impressive solemnity is like a reversed rite, a rite of dispossession and a long painful ceremony with a reversed order of coronation. Three times the name of Judas will be pronounced to stigmatize Richard’s enemies. Before falling into the power of his judjes and of his cross, Richard must discard his true royal identity by allowing his ‘political body’ to fly away. Richard as hereditary king must abandon his body to God – Deo ius suum resignavit. Since no one has the right to lay hands upon the ‘anointed one’ royal bearer by indelible character, king Richard plays himself the role of the officiant.
Piece by piece, he discards himself from his political body and the belonging dignity symbols and displays publicly his poor natural body.


La scène shakespearienne dans laquelle Richard se démet de sa couronne avec une impressionnante solennité est comme un rite inversé, un rite de dégradation et une longue cérémonie douloureuse dans laquelle l’ordre du couronnement est inversé. Trois fois le nom de Judas est cité pour stigmatiser les adversaires de Richard. Avant d’être livré à ses juges et à sa croix, Richard doit se « dé-régaliser » lui-même, il se défait de sa royauté en laissant s’envoler son corps politique. Richard, roi héréditaire doit abandonner son corps à Dieu – Deo ius suum resignavit. Puisque nul n’a le droit de porter la main sur l’Oint de Seigneur porteur royal de caractère indélébile, le roi Richard joue lui-même le rôle de l’officiant.
Pièce par pièce, il dépouille son corps politique des symboles de sa dignité et exhibe publiquement son pauvre corps naturel.

          Regarde maintenant comment je vais me dépouiller : je retire ce lourd fardeau de ma tête, ce sceptre incommode de ma main et de mon cœur l’orgueil du pouvoir royal. De mes propres mains, j’enlève ma couronne ; de ma propre bouche j’abjure ma dignité sacrée ; de ma propre voix j’annule tous les serments de fidélité, j’abandonne mes manoirs, rentes et revenus, je rapporte mes actes, décrets et statuts…. (IV, I, 203sq. [I, 585].) (La traduction de ce court extrait ne m'appartient pas, seule la description de la scène a été rédigée et traduite du français vers l'anglais par moi même.) 


Challenges in the Energy Sector in Eastern Europe and Central Asia: An Evaluation of 18 Years of Swiss Economic Cooperation - Guy BONVIN

Switzerland’s State Secretariat for Economic Affairs (SECO) has been working in the energy sectors of Eastern Europe and Central Asia since 1992, financing 41 projects to the value of CHF 316 million. In 2009 an independent evaluation was commissioned to assess the effects of these projects in the region and to draw lessons for future project funding. The evaluation found the projects to be highly satisfactory in terms of relevance, satisfactory in terms of effectiveness and sustainability, and — because of external factors relating to governance, transparency and political stability in a country — generally unsatisfactory in terms of efficiency.
Lessons drawn from the successful projects will be used to further improve them in the future. With limited financial resources governments are attempting to find a balance between energy security and environmental sustainability. SECO will support this mission by helping to reduce inefficient consumption, to increase the share of renewable energy, to strengthen the sustainability of utility companies and to develop effective energy policies.

Les défis du secteur de l’énergie en Europe de l’Est et en Asie centrale : une évaluation de 18 ans de coopération économique suisse - Guy BONVIN

Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) suisse travaille depuis 1992 dans les secteurs de l’énergie d’Europe de l’Est et d’Asie centrale, où il a financé 41 projets pour un total de 316 millions CHF. En 2009, une évaluation indépendante a été commandée afin d’établir les effets de ces projets dans la région et d’en tirer des enseignements pour le financement de projets ultérieurs. Le rapport d’évaluation estime que les projets sont très satisfaisants en termes de pertinence ; satisfaisants en termes d’efficacité et de durabilité ; et, en raison de facteurs externes liés à la gouvernance, à la transparence et à la stabilité politique dans certains des pays, généralement peu satisfaisants en termes d’efficience.
Les enseignements tirés des projets fructueux serviront à améliorer les interventions futures. Les gouvernements disposent de moyens financiers limités et tentent de trouver un équilibre entre la sécurité énergétique et la durabilité environnementale. Le SECO soutiendra cette mission en contribuant à réduire la consommation inefficiente, à augmenter la part des énergies renouvelables, à renforcer la durabilité des entreprises de service public et à élaborer des politiques énergétiques efficaces.



TURAN göçebe/nomad – IRAN oturarak yapılan/sedentary. Coğrafi ve zamansal aralığı - Geographical and temporal range ; arzu ve modernilk – longing and modernity.

The contrast between lthe Iranian plateau – 2/3 of Iran from the Zagros mounts at the east, Azerbaijan, the southern and eastern parts of Turkmenistan and with its eastern boundary marked by the Hindu Kush – is not just geographical but shows many contrasting cultural contexts. The term ‘Turan’ inevitable contradiction of the term ‘Iran’ was used by some Sassanid rulers to emphasize the contrast between the unknown, fluid world of the often Turkish-speaking nomad populations of the steppe dwellers and the sedentary Persian world of those major historical empires.
The history of Turkey has always been narrated through memory rituals, speeches and official announcements, celebrations, movies and reports which created an ensemble of practices re-dramatizing the historical events and figures. Historical narratives reveal a discursive struggle among different voices and ideologies which constitute an important key to understand the projections about the future :  ideological lines of thought around essentialism and relativism which are both problematic to understand collective memory as well as national identity.
Therefore this former dichotomy shows the centrality of territorial-defined local and regional identities among the sedentary population of Central Asia prior to the changes brought on by the Russian conquest, the establishment of Soviet power, and the formulation of the new « national » identities, the nowadays more than relevant illusion of a ‘great Turkish territorial space (for some empire). The ‘Turan’ world and its values will be claimed as mythological founders, among others, of the Turkish people. All these ‘out of their time’ conceptions play a central role among a redistribution of economic activity : in the center of an economic region dominated by China, Russia and its former republics and Turkey that has an economic growth equal to China.

TURAN/nomade; IRAN/sédentaire. Espace géographique et temporel, convoitise et modernité.
L’opposition entre le plateau iranien - les 2/3 de l’Iran depuis les monts Zagros vers l’est, l’Azerbaïdjan, les parties méridionales et orientales du Turkménistan et dont la limite orientale est marquée par l’Hindu Kush – n’est pas que géographique et recouvre des réalités culturelles multiples et contrastées. Le terme ‘Turan’ antinomie inévitable du terme ‘Iran’ était utilisé par certains souverains sassanides pour qualifier le contraste entre le monde inconnu, mouvant des populations nomades souvent turcophones de la steppe et le monde sédentaire perse des grands empires. Le monde ‘Turan’ et ses valeurs seront attribués comme fondateurs mythologiques, entre autres, du peuple turc.
Le passé de la Turquie a toujours été narré à travers des rituels mémoriels, des discours et des annonces officielles, des célébrations, des films et des rapports qui ont créé un ensemble de pratiques redramatisant les événements et figures historiques : des lignes de pensée idéologiques autour de l’essentialisme et du relativisme qui sont tous les deux problématiques à une compréhension de la mémoire collective de même que de l’identité nationale.
Cette dichotomie ancienne Turan/Iran montre bien l'importance capitale de la définition par le territoire des identités locales et régionales, au sein d’une population sédentaire d'Asie centrale, avant les changements induits par la conquête russe, l'établissement du pouvoir soviétique et la formulation des nouvelles identités « nationales », l’illusion aujourd’hui plus que pertinente d’un grand ‘espace (empire pour certains) turc’. Toutes ces conceptions dans leur forme désuète jouent de nos jours un rôle primordial dans une redistribution des intérêts économiques : au centre d’une région économique dominée par la Chine, la Russie et ses anciennes républiques et la Turquie qui possède une croissance économique égale à celle de la Chine.


21st century eugenics -Selling sterilisation to addicts.
To its critics, Project Prevention or Crack - an American organisation which pays drug addicts and alcoholics to be sterilised - is a terrifying throwback to the neutering of "defectives" during the 20th Century.
But the woman who runs this not-for-profit programme believes she is offering a service to everyone: the drug addict, the taxpayer, the child who has not yet been born, and if she has her way - will never be born.
]…]"Basically, despite the initial controversy over the programme, people are starting to accept that it's a good idea. Probation officers, social workers and those who work on drug treatment programmes are increasingly referring their clients to us," she says.
Increasing presence
Some prisons - such as the Bernalillo County Detention Center in Albuquerque - have apparently allowed the group to host information sessions for their female inmates, but have stressed that this is not tantamount to a referral. But what is undisputed is that the programme has expanded significantly over the past five years - growing from a small establishment in California to a nationwide programme with a presence in most major cities.
As it has expanded, the tone of the group has also shifted. Ms Harris, who was quoted in one of her first interviews as saying "We don't allow dogs to breed. We spay them. We neuter them. We try to keep them from having unwanted puppies, and yet these women are literally having litters of children," has since toned down her language.
Historical analogies
"The whole project is eugenist, it recalls what went on in the 1930s in America, or even in Nazi Germany." Laws authorising coerced sterilisations were passed in more than half of US states in the 1930s after lobbying from the American eugenics movement, which sought to further the existence of what it deemed to be the "genetically superior" and prevent reproduction among those it saw as inferior: "the licentious" and "the indolent". America's legislation served as a model for the Nazis' programme of eugenics, which led to the extermination of Jews and the murder of many gypsies, the mentally ill, and homosexuals.

"As the saying goes: Time makes more converts than reason." 
- Despite being lambasted in the media and condemned by health experts in the UK, Harris is visiting cities around Britain looking to launch pilot projects that will help her achieve her goal of reducing "the number of substance-exposed births to zero".
Story from BBC NEWS, Guardian and Washington Post

Eugénisme du XXIème siècle - Vente de kits de stérilisation pour les toxicomanes  
Pour les critiques, le Projet Prévention ou Crack – une organisation américaine qui paie les toxicomanes et les alcooliques pour être stérilisés – est un retour en arrière terrifiant vers la stérilisation des plus faibles que l’on a déjà connue au 20ème siècle.

La femme qui dirige ce programme à but non-lucratif croit rendre service à tous : les toxicomanes, les contribuables, les enfants qui ne sont pas encore nés, qui selon elle ne devraient jamais naître.
Ce programme – qui offre la stérilisation ou le contrôle des naissances – atteint son cinquième anniversaire dont Barbara Harris (instigatrice du programme) se félicite.
« Malgré la controverse initiale à propos de ce programme, les gens commence à l’accepter comme une bonne idée, les agents de probation, les travailleurs sociaux et ceux qui travaillent dans des projets de réhabilitation des toxicomanes, nous renvoie de plus en plus de monde » dit elle.

Une présence croissante.
Des prisons – comme le Bernalillo County Detention Center d’Albuquerque – ont permis au groupe de diffuser leurs informations au sein de la population carcérale féminine, en insistant sur le fait que ce n’est pas un point de référence. Mais incontestablement ce programme s’est dangereusement développé au cours de ces cinq dernières années – partant d’un petit bureau en Californie pour finir en programme national présent dans les principales grandes villes du pays.
Le ton du groupe a évolué en se modifiant. Madame Harris disait au cours de ces premières interviews :  « On ne permet pas aux chiens de se reproduire, on leur enlève les ovaires. On les stérilise. On essaye d’éviter qu’ils aient des chiots malheureux, et pourtant on laisse les femmes mettre bas des enfants (NdT litter = détritus, donc connotation péjorative) » mais depuis elle a atténué son propos.]…]
 Analogies historiques
«  Tout le projet est eugéniste, il rappelle une certaine Amérique des années trente ou même l’Allemagne nazie. » Les lois autorisant la stérilisation forcée ont été promulguées dans plus de la moitié des Etats-Unis dans les années 1930 suivant la doctrine du lobby du mouvement eugéniste américain qui affirmait l’existence d’une population ‘génétiquement supérieure’ et souhaitait empêcher la reproduction de ceux considérés comme inférieurs, ‘les licencieux’ et ‘les indolents’. Cette législation américaine a servi de modèle au projet eugéniste nazi qui conduisait à l’extermination des Juifs, des Romes, des malades mentaux et des homosexuels.

Selon le proverbe : « le temps fera plus de convertis que la raison »– Après avoir été vilipendée par les médias et condamnée par les experts de la santé au Royaume Uni, Harris parcoure les principales villes d’Angleterre pour promouvoir des projets pilotes qui l’aideront à atteindre son but de réduction «  du nombre des naissances victimes de pauvreté à néant ».